lundi 23 janvier 2012

Etat et marché : la France peut-elle choisir ?

Parmi les thèmes de campagne à venir (enfin, à venir, je me comprends), celui de la politique industrielle française va faire florès, souvent en écho avec les fermetures d’usines et les promesses non tenues. D’autres revendiqueront le patriotisme industriel des années d’après-guerre, porté aussi par le projet du Conseil national de la Résistance. Cela signifie-t-il pour autant que ceux qui relaient ces idéaux ont 50 ans de retard ? Pas sûr… En fait, au bas mot, au moins 200 ans. Mais ont-ils tort pour autant ?


Bien commun contre capital

De fait, dans cette nouvelle querelle des Anciens et des Modernes, s’affrontent moins nostalgiques et progressistes. Non, ce qui est en jeu, c’est la sauvegarde d’un principe organisateur de notre société, l’intérêt général. Un principe facile à dénoncer comme coupable de la perte de notre triple A, parce qu’onéreux et inscrit dans le passé. Comme si l’idée d’un Bien commun moteur de croissance devait être abandonnée… 

La parution de 2 ouvrages, parfaitement illisibles pour les électeurs, illustre la préoccupation de certains cercles autour de ces questions. Au point que le vieux concept du « colbertisme » refait son apparition. C’est d’ailleurs à l’usage de ce mot que vous devez ce billet, j’ai configuré une alerte Google… Je n’ai pas encore lu le cours de Bourdieu sur l’Etat, mais je peux vous parler du bouquin de Jean-Louis Beffa, ancien grand-patron de Saint-Gobain, qui propose à la France de choisir de nouveau son modèle. J’y retrouve des accents de Capitalisme contre capitalisme, dans lequel Michel Albert, à la toute fin des années 80, semblait prédire ce qui nous arrive… et déjà la comparaison avec l’Allemagne et « le modèle rhénan ».

Dans « La France doit choisir », l’auteur propose un principe de ‘cogestion’ rénové, et plaide pour la réindustrialisation de l’Hexagone contre ceux qui promettent les d’une société fondée sur les services. J’ose un raccourci : fonder notre économie sur les services nous condamnerait à la servitude. Il met aussi en avant 4 approches de la place de l’Etat dans l’économie, entre l’approche libérale classique du « laisser faire » et le tout réglementaire. Je sens la tension monter chez les étudiants en droit public économique...

Mieux d’Etat, mais quel Etat ?

Le débat des années 80/90 s’est souvent cantonné à la question de savoir s’il fallait, au gré des alternances, moins d’Etat ou plus d’Etat dans l’économie. En réalité, depuis au plus tard 1986 avec la signature de l’Acte Unique, le principe retenu ne pouvait être que moins d’Etat.

Quelques uns ont bien tenté de se convaincre qu’on pouvait chercher aussi un « mieux d’Etat », mais peu les ont lus ou entendus. Il y a à lire Beffa des relents de ces pensées qui cherchaient moins une alternative à la présence de l’Etat dans l’économie, mais bien une nouvelle figure de l’Etat. Mais comment penser l’Etat sans son principe d’action, l’intérêt général ?

Pour Beffa, il y aurait donc 4 modèles, 4 figures, pour garder le fil :

  • le modèle libéral-financier : caractérisé par la prééminence de la politique de concurrence et du capitalisme (entreprises aux ordres de leurs actionnaires), il s’agit du système privilégié par les pays anglo-saxons. L’Etat est en retrait de l’économie ;
  • le modèle commercial-industriel : il correspond à la tradition colbertisme, amputée de sa politique protectionniste. L’Etat intervient dans l’économie pour stimuler la croissance, notamment en accompagnant les entreprises. La France semble y avoir renoncé, tandis qu’il fait le succès de l’Allemagne, ou encore de la Chine ;
  • le modèle rentier : comme pour des personnes physiques, ce modèle est très séduisant… mais il n’est possible que pour les pays disposant de fortes ressources naturelles et où l’exploitation de celles-ci sont le fait de monopoles publics (Arabie Saoudite pour le pétrole, Russie pour le gaz) ;
  • le modèle autocentré : pour les pays de grande dimension, il s’agit d’un Etat qui priorise son marché domestique sur les échanges internationaux (Brésil, Inde).

L’auteur, constatant que l’Etat français ne peut choisir qu’entre les 2 premières alternatives, poursuit par une analyse précise de l’anti-modèle français. Vous pouvez en lire une synthèse éclairante signée par Pierre Bridier sur Slate.fr.

"Si on ne garde pas d'usines, on n'aura pas d'emplois"
Nicolas Sarkozy

"La France n'est pas le problème. La France est la solution."
François Hollande

Références :
Sur Capitalisme contre capitalisme de Michel Albert
Sur le "Moins d'Etat, mieux d'Etat", via la Fondation Concorde

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Marc Guidoni