jeudi 20 avril 2017

Nous sommes Français, et pourtant...

Quelques semaines, quelques jours, quelques heures... Dans cette campagne si bruyante j'ai jusqu'ici choisi de me taire. Et puis hier, en passant un moment à Sciences Po à deviser de laïcité, de France et de République avec Jean-Louis Bianco et quelques étudiants, voici que le Président de l'Observatoire de la Laïcité sort un petit livre et nous lit quelques extraits d'un discours de François Mitterrand. Un texte vieux de 30 ans.

Ceux qui me connaissent savent que j'ai accueilli la proposition d'un sourire peut-être un peu narquois, tant je n'ai guère d'amitié pour "Tonton". Mais j'ai tout de même écouté, d'une oreille distraite... Et c'est ainsi que surpris, je vous livre ce soir à mon tour ces quelques mots.

"Nous sommes français, nos ancêtres les gaulois, un peu romains, un peu germains, un peu juifs, un peu italiens, un petit peu espagnols, de plus en plus portugais, peut-être qui sait polonais, et je me demande si déjà nous ne sommes pas un peu arabes ? … 
Ayant compris cela, je suis sorti de ma province et je souhaite qu'à travers les générations, les Français qui viendront après moi, fiers quand même de ce qu'ont été ceux d'avant, considèrent que ceux d'après, ceux du siècle prochain seront plus forts, seront plus riches de culture, seront des Français plus proches de l'universel et donc de la compréhension des affaires du monde, s'ils savent admettre et comprendre les autres cultures pour en faire aussi leur propre culture.
Cela se lie à des choix politiques en certaines circonstances. Je voudrais bien que ces choix politiques n'altèrent pas ce type de débat, et que puissent siéger dans des assemblées comme celle-ci, des femmes et des hommes dont les conceptions de politique intérieure sont diverses, mais qui sauraient s'allier pour refuser tous les appels de l'inconscient ou de je ne sais quel subconscient mal réglé ou mal dirigé. Qui seraient capables de choisir l'unité de la France à construire plutôt que le regret vain, parfois inintelligent, le refus de vivre dans son temps, ou le rêve de je ne sais quel âge d'or qui n'a jamais existé.
Savoir que si âge d'or il y a jamais, c'est celui que nous construirons, celui que vous saurez construire […] Celui que nous construirons, avec les autres et par les autres, pour être davantage encore ce que nous sommes."

Faites en bon usage, débattez-en. Mais au demeurant, ne perdez pas de vue que dans un débat il ne faut jamais conclure que toutes les idées se valent, que tous les projets se défendent. Dans une démocratie nous avons besoin de discerner les opinions qui permettent de servir le bien commun de celles qui malgré leur attrait divisent, isolent et détruisent jusqu'à la vie sociale même.

Extraits d'une allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, à l'occasion du colloque sur "la pluralité des cultures" organisé par la Fondation "France-Libertés" à La Sorbonne, Paris, lundi 18 mai 1987. (texte intégral)

samedi 3 décembre 2016

Cachez cette crèche que je ne saurais voir #oupas

Depuis plusieurs mois, sinon années, les juristes cherchent la lumière dans un débat politique aussi creux que certaines figurines de plâtre qui décorent jardins, maisons, lieux de culte chrétien ou villes et villages à l'occasion de la fête de Noël.

Au moment où l'Education Nationale pourrait envisager de renommer les vacances de fin d'année pour être plus respectueux de l'ensemble des croyances ou non-croyances de la population, ce débat est relancé tactiquement par des élus soucieux de "patrimoine culturel", dans un sens qui leur est tout à fait particulier. Bref, la France pourrait-elle bientôt se déchirer à propos d'un couple juif mettant au monde un enfant dans un certain dénuement, bientôt entourés de mages orientaux peu catholiques et dont les effigies seraient dressées aux coins des rues ?

A bien regarder les récentes décisions du Conseil d'Etat, on peut donc compter plusieurs raisons de "faire la crèche" comme le dit l'expression populaire.

Une crèche religieuse

Placée dans les églises chrétiennes, la représentation de la nativité du Christ revêt là son expression confessionnelle sans aucune ambiguïté. Il ne s'agit pas de sacrifier à une tradition, mais bien de marquer le souvenir de la naissance du sauveur. A minuit le 25 décembre, le célébrant présente ainsi l'enfant-Jésus et le dépose dans la paille, parfois après une procession, sans toutefois que cette action revête un caractère liturgique ou sacramentel pour les catholiques.

A n'en pas douter, les familles chrétiennes qui réalisent chaque année une crèche au moment de Noël expriment ainsi à leur tour une forme de ferveur, à laquelle put se mêler une forte tradition locale, qui se manifeste par la physionomie des santons.

Une telle démarche ne saurait présider à l'installation d'une crèche dans un établissement public.

Une crèche festive

Parce que la fête de Noël est entourée d'un nombre important de symboles qui tous, à un moment de l'histoire, on fait écho à une croyance, païenne ou religieuse, on trouve partout comme des sapins ou des pères Noël des crèches festives, c'est-à-dire dont le seul objet est d'ajouter au décor des célébrations de fin d'année. Posées ici ou là sans arrière-pensée, elles se montrent dans les vitrines ou les rayons des commerce dans une logique saisonnière, comme la citrouille d'Halloween ou les chocolats de Pâques.

A ce titre, il ne semble pas impossible qu'au milieu de tous les décors de Noël, une commune ou un établissement public puisse élever une crèche. Encore faudra-t-il rapporter une preuve, liée aux "circonstances particulières" sans doute.

Une crèche culturelle et artistique

Nous voici face à une situation délicate... qui pourrait se résoudre de deux manières.

La première, en Provence ou ailleurs, ce serait d'évoquer le statut "d'exposition temporaire" proposé par la loi de 1905 d'une oeuvre qui, certes religieuses, relève de l'art et de la culture. Ainsi, l'exposition de santons provençaux historiques (ou de leur reproduction) pourrait être admise, ou encore de figurines de tout style après tout, signée par un artiste local, international, ou venant de temps anciens.

Autre possibilité, répondre par le nombre. Au lieu d'une crèche, en proposer plusieurs, représentant plusieurs formes d'expressions artistiques ou culturelles, au titre des différentes façons de fêter Noël ici ou là. On pourrait imaginer ajouter alors diverses objets liés aux traditions de Noël au milieu desquels la crèche serait exposée.

Une crèche politique

Il reste une dernière raison d'élever une crèche lorsqu'on dirige une collectivité territoriale : politique. Derrière l'évocation d'une tradition séculaire, ces élus séduisent de nombreuses personnes en faisant porter à la crèche un sinistre message, si loin de celui que lui attachent les chrétiens.

"Vous n'êtes pas les bienvenus chez nous" semblent dire ces tristes sires, comme on répondit sans doute à chacune des portes auxquelles Joseph et Marie ont frappé avant de se réfugier dans une étable.

C'est ce que je choisis de lire derrière les lignes de la décision rendu le 1er décembre dernier par le Tribunal administratif de Lille à propos de la crèche d'Hénin Beaumont, dont l'interdiction est donc confirmée comme portant atteinte à la neutralité :

Considérant, qu’il est constant que la décision attaquée porte installation d’une crèche dans le hall de l’hôtel de ville d’Hénin-Beaumont, siège de la municipalité ; qu’il ne ressort pas des pièces du dossier que ladite crèche, composée de sujets sans valeur historique ou artistique particulière, ait revêtu le caractère d’une exposition d’œuvres d’art ; que, dès lors que lesdits sujets ne sont en rien liés à une tradition minière spécifique, la tenue simultanée d’une exposition dans le hall reconstituant la cité minière de Darcy ne permet pas de regarder l’installation de la crèche comme un prolongement de cette exposition ou même une manifestation culturelle distincte ; que si la commune a inscrit cette installation dans le calendrier des manifestations festives organisées par la municipalité pour la fin d’année, il n’est pas établi qu’elle s’enracine dans une tradition locale préexistante ou qu’elle puisse être considérée comme une extension du marché de Noël qui se tient à l’extérieur du bâtiment et sans proximité immédiate avec celui-ci ; que, par suite, et sans qu’il soit besoin d’examiner si cette installation présente un caractère ostentatoire ou prosélyte, M. X est fondé à soutenir que la mise en place de la crèche de Noël litigieuse a méconnu le principe de neutralité des personnes publiques et à demander l’annulation de la décision du 1er décembre 2015 portant installation de ladite crèche ;


Chers lecteurs, quelle que soit la raison pour laquelle vous fêterez bientôt Noël, quelle que soit la raison pour laquelle vous ferez ou non une crèche chez vous, allumerez des bougies ou dresserez un sapin, rappelons-nous que la Laïcité est principe de paix, Ça tombe bien, non ?








jeudi 10 novembre 2016

Pour un Noël festif, culturel et spirituel : vive la liberté de conscience !

Par deux décisions datées du 9 novembre 2016, le Conseil d’Etat éteint le contentieux des crèches de Noël en laissant entrevoir, par les fenêtres du Palais Royal, les joyeuses lueurs des illuminations qu’une lointaine tradition accroche aux murs de nos villes et villages. Et dans nos cœurs.

Les réactions sont nombreuses, face à un arbitrage juridique qui laisse à certains un goût d’inachevé, et pose plus la question de la place des religions dans notre société que réellement celle de la laïcité dans son principe le plus clair : la neutralité des personnes publiques.

En disant ce qui apparaît (lors d’une lecture rapide) comme « tout et son contraire », le Conseil d’Etat nous renvoie en effet à notre propre responsabilité. La réponse n’est donc pas à chercher dans la loi de 1905, mais dans l’article 10 de la Déclaration de 1789 et 9 de la Convention européenne des droits de l'Homme, dans notre propre capacité à gérer la liberté de conscience.

mercredi 9 novembre 2016

America... Obama... Trump...

Comme chantait le grand Bob Dylan...  Les temps sont en train de changer.
The Times They Are A Changing
Come gather 'round people
Venez rassemblez-vous tous braves gens
Wherever you roam
D'où que vous veniez
And admit that the waters
Et admettez que les eaux
Around you have grown
Autour de vous ont monté

jeudi 18 août 2016

Burkini : la République mise à nu

Haut les mains, peau de lapin, la République en maillot de bain.

Telle pourrait être la comptine de la rentrée politique, après un été où le slogan des publivores fondamentalistes des années 80 n'aura jamais été autant d'actualité. Remember https://www.youtube.com/watch?v=u6hiorFhDcY Quand on pense que la société qui promettait de mettre Myriam à nu s'appelait "Avenir". Bref, soyons raisonnables...

C’est avec le plus grand dépit que s’enfilent un à un sur le fil de l’actualité les arrêtés municipaux interdisant le costume de bain couvrant qu’une styliste australienne baptisa "burkini".

mardi 10 mai 2016

Vous avez-dit 49-3 ?

Au moment où les passions se déchaînent dans l'hémicycle et que les experts de tout poil annoncent l'utilisation du "49-3", je pose ça là, histoire non pas de contribuer au débat mais à le dépoussiérer. Car, osons le dire, ce débat est dépassé. 

Le long titre 5 de la Constitution de 58 qui recèle l'article 49 s'intitule avec charme "Des rapports entre le Parlement et l Gouvernement". Derrière cette accroche, fidèle à la feuille de route donnée par le Parlement de la IVème République, De Gaulle et Debré ont tricoté un régime efficace portant toutes les caractéristiques du régime parlementaire, ces éléments de "séparation souple" des pouvoirs que l'on enseigne dans les premières heures de droit constitutionnel.