jeudi 18 août 2016

Burkini : la République mise à nu

Haut les mains, peau de lapin, la République en maillot de bain.

Telle pourrait être la comptine de la rentrée politique, après un été où le slogan des publivores fondamentalistes des années 80 n'aura jamais été autant d'actualité. Remember https://www.youtube.com/watch?v=u6hiorFhDcY Quand on pense que la société qui promettait de mettre Myriam à nu s'appelait "Avenir". Bref, soyons raisonnables...

C’est avec le plus grand dépit que s’enfilent un à un sur le fil de l’actualité les arrêtés municipaux interdisant le costume de bain couvrant qu’une styliste australienne baptisa "burkini". Encouragés sans doute pas l’étrange ordonnance de rejet rendue en référé par le Tribunal administratif de Nice, les premiers magistrats de cités balnéaires s’en donnent à cœur joie. Ainsi par exemple :

« L’accès aux plages et la baignade sont interdits à toute personne n’ayant pas une tenue correcte, respectueuse des bonnes mœurs et de la laïcité, respectant les règles d’hygiène et de sécurité des baignades adaptées au service public balnéaire. […] Dans le contexte particulier des attentats terroristes en France, une tenue de plage manifestant de manière ostentatoire une appartenance religieuse […] est de nature à créer des troubles à l’ordre public qu’il est nécessaire de prévenir.»

C'est entendu, il revient bien au Maire, en vertu des articles L.2212-1 et L.2212-2 du Code général des collectivités territoriales, selon son pouvoir de police, de prendre toutes les mesures nécessaires pour maintenir l’ordre public, traditionnellement composé de la sécurité, de la salubrité et de la tranquillité publiques. Un trio auquel le juge administratif tolère parfois qu’on ajoute la morale et la dignité de la personne humaine. En ce qui concerne le cas présent, voici le "burkini"interdit sur le fondement de l’ensemble, excusez du peu :
  • ça peut empêcher d’être sauvé en cas de noyade en entravant les gestes des secouristes,
  • c’est pas propre,
  • c’est moche,
  • ça énerve les usagers de la plage,
  • ça porte atteinte à la dignité de la femme et…
  • la plage n’est pas un endroit approprié pour exercer sa liberté de culte.
Ajoutons que dans un étrange « considérant de fond », au cœur d'une décision de rejet par le tri prise par le juge des référés du Tribunal administratif de Nice le samedi 13 août dernier (défaut d'urgence car requête adressée le 12 août pour un arrêté publié fin juillet), la laïcité n’est pas loin de de devenir une composante de l’ordre public, nous voici en face d’un sacré ( !) problème. En effet...

1/ D’abord, qui ici est au clair sur la laïcité ? Toi là-bas ? Toi ? Vous aussi ? Très bien ! Alors, en quoi, à la ville ou à la plage, porter un foulard, un voile, une jupe longue, une croix, une kippa, une barbe… un costume de bain peu seyant menace-t-il la laïcité ?

2/ Lorsque la loi invite à "vivre la République à visage découvert", qu’il s’agisse d’une cagoule, d’un casque de moto ou d’un voile islamique intégral, mentionne-t-elle quelque part une surface de lycra de référence pour qu’on l’applique à la plage, au prorata entre le string barrette (dont chacun aura noté qu'il dessine une croix sur le bas du dos de la baigneuse) et la combinaison de plongée ?

3/ Bien sûr, à quelques kilomètres de la Promenade des Anglais, faire montre ainsi d’une appartenance à des mouvements radicaux que le reste de la population tient pour responsable des attentats représente un risque pour la sécurité des personnes, comme le démontrer les événements de Sisco. En cela, privés de moyens de protéger les citoyens, les maires ne peuvent être que sensibles à l’idée de prévenir les troubles, à la manière du Préfet de Loire-Atlantique interdisant le « spectacle » de Dieudonné par peur des manifestations à l’extérieur de la salle plus que par connaissance précise du contenu de son discours.

4/ Mais le burkini c’est aussi un symbole face à la liberté de disposer de son corps. Evidemment, et c’est la véritable tension en France (et dans de nombreux pays) autour du voile islamique sous toute ses formes. La caricature qui suit est édifiante en ce sens, sur les paradoxes des injonctions masculines. Laissez celles qui portent le voile tranquille. Vaut-il mieux condamner ces dames à rester dans leur logis, renonçant à toutes formes de relations sociales ?


En fait, c’est trop tard. C’était avant que des grandes marques et grandes surfaces lancent le marketing confessionnel autour de la nourriture et des vêtements qu’il fallait agir. Tapez « burkini » sur Google, vous trouverez tant de boutiques en ligne pour se les procurer… En fait, c’est plus à la mode que le string. Nous sommes pris au piège d’un business model fort rentable, protégé non seulement par la liberté de conscience mais surtout par la liberté du commerce et de l’industrie. 

5/ Oui mais, la France est dans son droit de rappeler personne ne peut se prévaloir de dispositions religieuses pour s’affranchir de règles communes. C’est aussi cela la laïcité. Oui, absolument ! Et c’est à nouveau la tension que créent ces arrêtés municipaux et, dans l’attente de la parole du Conseil d’Etat, la décision du TA de Nice. De quelle règle commune s’affranchissent donc les baigneuses en "burkini" ?
Ne fallait-il pas plutôt prendre un règlement municipal des plages semblable à celui des piscines ? Un tel acte administratif se serait ainsi véritablement adressé à tous. Il aurait eu en outre le mérite d’être cohérent avec la plupart des règlements qui imposent par ailleurs de réserver les tenues de bain à la plage (interdiction de se promener en maillot en centre-ville, très courante). Mais plus encore il aurait évité le recours fallacieux à la laïcité, utilisée à contre-emploi et une fois de plus endossant le costume du principe restrictif, alors qu’il s’agit de notre première liberté.

Tel est le problème de fond posé par cette affaire dont rient les journaux étrangers, et que la plupart d’entre vous jugeront insensée. J’aurais aimé l’ignorer avec vous, mais elle contribue de manière honteuse à détruire ce qui reste de notre démocratie.

Dominique Rousseau rappelait ainsi hier, via Twitter que : « la démocratie c’est l’expérience de l’autre en tant qu’il est autre ». Assurément pas le conformisme de masse, pas plus que le communautarisme. Le peuple va devoir affirmer ses choix, ça tombe bien il y a bientôt une présidentielle. Ah bon ? Tiens donc... Ce n'est rien moins sans doute qu'une coïncidence.

mardi 10 mai 2016

Vous avez-dit 49-3 ?

Au moment où les passions se déchaînent dans l'hémicycle et que les experts de tout poil annoncent l'utilisation du "49-3", je pose ça là, histoire non pas de contribuer au débat mais à le dépoussiérer. Car, osons le dire, ce débat est dépassé. 

Le long titre 5 de la Constitution de 58 qui recèle l'article 49 s'intitule avec charme "Des rapports entre le Parlement et l Gouvernement". Derrière cette accroche, fidèle à la feuille de route donnée par le Parlement de la IVème République, De Gaulle et Debré ont tricoté un régime efficace portant toutes les caractéristiques du régime parlementaire, ces éléments de "séparation souple" des pouvoirs que l'on enseigne dans les premières heures de droit constitutionnel.

lundi 21 mars 2016

La laïcité est un horizon (Vers un Etat français plus laïque partie 5)


Les mêmes qui rappellent que la laïcité de la Révolution était anticléricale oublient souvent de témoigner de l'idéal universel que portaient les Lumières : l’intérêt général. Cette forme de bien commun, qui succédait au bon vouloir du Roi, était conjugué alors au présent et au futur, comme le projet d’une société plus juste et plus solidaire.

Séparer les églises pour mieux unir les Français

C'est cet idéal qui imposait une rupture avec les temps anciens, et dessinait un dessein partagé par tous les hommes, croyants ou non. Pas celui de détourner l'homme de toute idée de transcendance. En affirmant la liberté religieuse, et en pratique en retirant l'état civil à l'Eglise, la Révolution libérait le peuple du contrôle politique que le clergé exerçait sur la population, elle n'entendait pas nécessairement la priver de dieux. Libres, libres de croire ou libre de ne pas croire... mais tous ensemble.

La laïcité est un combat politique (Vers un Etat français plus laïque partie 4)

Après 1789, pour protéger la jeune République il fallait soustraire la décision politique à l’influence du clergé. C’est ainsi que, longtemps, le droit de vote sera refusé aux femmes, principalement par les forces de gauche, de peur que leur fragile conscience ne s’émancipe pas des prédications dominicales dans l’isoloir (lire sur Aleteia le caustique : 29 avril 1945 : les femmes peuvent enfin voter, malgré la gauche et les francs-maçons)

Au nom des mêmes risques pesant sur la démocratie, la science et le progrès social, le catéchisme fut chassé de l’école à partir de 1880 : aucun savoir ne devait être troublé par des récits bibliques, tandis que paradoxalement une morale d’inspiration évangélique était professée par les instituteurs... qui ne pouvaient être recrutés parmi les catholiques (jusqu'à ce que le Conseil d'Etat réfute une incapacité de principe en 1939 arrêt Demoiselle Beis | relire ici La laïcité à l'école de 1905 à 1945 colloque au Sénat en 2005).

jeudi 17 mars 2016

Barbarin : faut-il ajouter l'outrance à l'outrage ?

Ne nous laissons pas gagner par la haine. La seule chose insupportable dans cette affaire, c'est le silence qui entoure la souffrance des enfants, des adultes meurtris et des fidèles trahis. 

mercredi 16 mars 2016

La laïcité n'est pas une conviction (Vers un Etat français plus laïque partie 3)

"La laïcité n'est pas une opinion parmi d'autres mais la liberté d'en avoir une. Elle n'est pas une conviction mais le principe qui les autorise toutes, sous réserve du respect de l’ordre public." (Observatoire de la Laïcité "Qu'est-ce la laïcité")

Soyons précis… L’anticléricalisme est une conviction. Vous me direz, c’est forcément lié. Oui (le sens de l’histoire)... mais, non…