vendredi 9 octobre 2009

Tensions et conflits dans les associations

L’idée est la suivante : toute organisation humaine à but non lucratif, tout rassemblement d’âmes exprimant un mouvement religieux, social, politique, esthétique se fonde sur une idéeforce de départ. Cette « prophétie de départ », c’est un grand rêve, une idée généreuse, un bel idéal à atteindre, comme une étoile à décrocher ; elle est souvent portée par un seul homme, plus rarement un petit groupe de personnes.

C’est ainsi que naissent les institutions (y compris les plus grandes !) : une prophétie de départ, que s’approprie un groupe, pour instituer un ensemble de règles visant à la réalisation de cette grande idée. Dans les associations régies par la loi de 1901, les fondateurs s’essayent à transcrire la prophétie de départ dans les statuts, notamment en rédigeant l’article relatif au but et à l’objet de la structure.

En quoi cette prophétie de départ peut-elle être source de conflits ? Peut-on expliquer ainsi les conflits qui surviennent souvent entre dirigeants dans les premières années du fonctionnement ? Peut-être aussi ceux qui sont liés à la difficulté d’intégrer de nouvelles personnalités parmi les bénévoles ?

L’institutionnalisation de la prophétie de départ porte en germe de nombreux conflits entre les membres de l’association.

Que peut-on observer au cours des premières années de fonctionnement ? L’association est portée par un groupe de personnes, -la plupart sont des fondateurs-, tous très proche de la prophétie de départ. Or, pour réussir dans la réalisation de son but, l’association va devoir ancrer son projet « ici et maintenant ».
Le fonctionnement quotidien l’obligera à se coltiner à des logiques d’argent, de gestion, des compromis permanents avec ses partenaires. C’est le pragmatisme qui prévaut pour mener à bien les chantiers et l’association est tentée par une logique de moyens. A ce moment, la composition des organes dirigeants est susceptible d’évoluer pour accueillir des profils de techniciens, gestionnaires ou spécialistes du domaine occupé par l’association.

Ce moment-clé est souvent l’occasion de conflits. Les fondateurs peuvent éprouver des difficultés à accueillir dans la structure des bénévoles spécialistes, au savoir-faire pointu ; il en va de même lorsque l’association doit se professionnaliser, en embauchant une personne qualifiée pour diriger les opérations. Les fondateurs sont quelques fois crispés ; ils craignent que l’association voie les contingences financières et l’intendance prendre le dessus sur le grand rêve de départ.

Un autre contexte propice aux conflits est celui des associations portant des valeurs fortes, qui sont amenées à accueillir des bénévoles au tempérament militant. Ici aussi, la notion de prophétie de départ est féconde. [...] On constate souvent que de nouveaux membres cherchent d’une manière ou d’une autre à reformuler la prophétie de départ, à l’infléchir dans un certain sens qu’ils s’efforcent de faire partager aux autres membres de l’association. Par essence, le militant est une personne aux velléités instituantes. En devenant membre d’une association, ces individus vont se heurter à ce qui a déjà été institué, aux résistances des personnes, surtout les dirigeants, qui sont représentants et garants de l’institution. [...]

En quoi le fait d’identifier la prophétie de départ peut-il aider les dirigeants à prévenir les conflits dans la structure et avec les partenaires extérieurs ?

Au fur et à mesure que l’association existe et fonctionne, l’écho de la prophétie de départ tend à s’amenuiser ; il s’agit d’un processus parfaitement normal. L’impulsion donnée par la prophétie a permis la naissance et le développement d’une véritable institution, dont la structure est solidement installée dans le concret. [...]

Souvent de nouveaux dirigeants ou des salariés intégrant la structure se trompent et sousestiment la place de la prophétie de départ dans la dynamique de l’association. Il ne faut pas oublier que l’identité de toute organisation est teintée en profondeur par ces imaginaires. Ce sont eux qui ont permis à l’institution d’exister et de s’enraciner dans le concret ; elle en garde forcément la trace quelque part.

De nombreuses associations reposent sur la vivacité de la prophétie de départ, sur l’universalité de leur idéal et l’adhésion militante des membres. Lorsqu’elles entrent dans une logique purement gestionnaire, ces associations courent des risques, si elles sont amenées à s’éloigner radicalement de la prophétie de départ.

source : editionsassociatives.fr

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Marc Guidoni