mardi 31 octobre 2017

Faites la paix avec la laïcité ! (à propos de #montretacroix)

Depuis une semaine les passions françaises se déchaînent autour d’un monument municipal à la gloire de Jean-Paul II. La guerre des deux France est relancée, entre les tenants d’un gallicanisme mêlant de manière anachronique foi et politique et des enragés qui considèrent la religion comme l’aliénation suprême des esprits. En cause, la laïcité, autant mal comprise par les uns que par les autres.


Honnêtement, à la lecture des multiples tribunes ou pétitions qui sont sorties à l’ombre du hashtag #MontreTaCroix, je suis devenu presque fou. Malhonnêteté intellectuelle, confusion, arguments juridiques fallacieux, prises de parole politiques mal-à-propos… et notamment dans des médias « catholiques » qui ont relayé des inepties, signées par des « juristes » dont la lecture de la jurisprudence du Conseil d’Etat ne doit assurément pas être familière.

Alors, disons-le tout net, la décision du Conseil d’Etat vaut ce qu’elle vaut (il y a des histoires complexes de décision administrative par omission). Sur la question de la laïcité, au regard de la posture du juge administratif depuis plus de 10 ans sur la question, elle confirme une lecture de la loi 1905 favorable à l’expression du fait religieux (la statue représente un pape), dans les limites traditionnelles de l’ordre public et des prohibitions formelles du texte : ne finance, ne salarie, ne reconnaît… et n’élève pas d’emblèmes « à l’avenir ».

Il n’y a donc pas de quoi fouetter un chat : la statue de Jean-Paul II pas de problème, l’arche surmontée d’une croix entre donc clairement dans l’interdiction formulée par l’article 28 de la loi de 1905 : c’est un signe religieux, l’année de son élévation est bien postérieure à 1905, et elle est située dans un espace qui n’est pas lieu de culte ou cimetière. Le Conseil d’Etat demande donc l’annulation de la décision prise de l’installer, et la « remise en état », situation classique du contentieux de l’excès de pouvoir, par nature non suspensif.

A aucun moment la juridiction n’engage une guerre aux croix et calvaires, nombreux, qui ornent l’espace public et font mémoire de la culture chrétienne de notre pays. La loi de 1905 n’a jamais eu pour objet de nier les racines du peuple de France. Elle a entendu libérer les religions de l’emprise de l’Etat réalisée par le Concordat napoléonien et mettre fin à toute hypothèse de lien entre le pouvoir politique et un pouvoir religieux.

C’est ainsi que la papauté salue depuis longtemps cette laïcité française, pour peu que, sans passion, certains catholiques observent qu’elle assure leur liberté de conscience et la libre pratique de leur culte, y compris en public. Certes, cette laïcité peut être jugée responsable du recul de la loi naturelle comme inspiration des lois qui gouvernent notre pays. Mais est-ce bien elle ?

En effet, il est bien aise à mon frère chrétien depuis samedi de « montrer sa croix » comme jadis il marcha contre ceci ou contre cela… Mais n’est-ce pas piteuse manière de se donner bonne conscience ? Frère, dans le confort de ta vie d’homme, au cœur d’un pays dont les rues, les lacs ou les montagnes portent la marque de la foi chrétienne, ne t’es-tu pas endormi puisqu’il y avait toujours un clocher pour rappeler aux hommes qu’il y a des catholiques en France ? Ne te cache pas derrière ta croix, la laïcité n’est pas responsable du fait que tu ne joues plus ton rôle de sel de la terre, de levain dans la pâte, de chrétien dans le monde.

La neutralité de l’Etat, la liberté de conscience, la garantie du libre exercice du culte et l’égalité de tous devant la loi quelles que soient les convictions de chacun, c’est ça la laïcité que tu critiques. Elle n’est pas, sauf aux yeux de certains qui sont hors la loi, une chasse aux religions, une chasse aux croyants. Au contraire, la laïcité en France te permet de prier, de penser, mais surtout d’agir au nom de ce que tu portes en toi. Alors, ne reste pas derrière ton écran à montrer ta croix et à donner des leçons de droit. Jean-Paul II te le redis « N’aie pas peur ! ».

Alors, frère, arrête de dire ou d'écrire des c...ies qui donnent raison à ceux qui t'accusent d'obscurantisme, de nostalgie, d'intégrisme. Ne donnent pas ta voix à des élus qui attisent la haine de l'autre.

Sors, tends la main, accueille, soigne. Montre le ciel, pas la croix. Sinon, elle n’aura servi à rien.

source image : Assemblée des patriarches catholiques du Liban www.apecl.org

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Marc Guidoni