mardi 25 juin 2013

Le voile, c’est pas sport

Vous le savez, je suis un ardent défenseur de la liberté de conscience. Mais pas que : de la neutralité du service public, et de la condition féminine aussi. Ne vous méprenez pas. Je ne défends ni l’éternel féminin d’inspiration vichyste ni les études de genre, mais une égalité juste et urgente entre les hommes et les femmes. Mais ces combats se télescopent parfois...


Le port du voile islamique dans le sport n'est pas encore un marronnier,  comme disent les journalistes, mais le refrain revient souvent hanter l'actualité. En cette matière comme tant d'autres la France est isolée. Mais elle tient bon : on ne met pas de voile pour faire de sport. Et pas parce que ce n'est pas pratique. Valérie Fourneyron, notre ministre de la jeunesse et des sports, vient de le rappeler fermement, à travers un sénateur, aux fédérations sportives délégataires :

« La position du Gouvernement est claire : on ne porte pas de voile pour faire du sport. Un terrain de football, un stade, un gymnase, un dojo ne sont pas des lieux d'expression politique ou religieuse. Ce sont des lieux de neutralité où doivent primer les valeurs du sport : l'égalité, la fraternité, l'impartialité, l'apprentissage du respect de l'arbitre, de soi-même et de celui d'autrui.
Il appartient donc au mouvement sportif français de faire en sorte que les règlements respectent ces valeurs, tout en garantissant l'absence de discrimination et une stricte égalité hommes-femmes. En effet, nul ne doit être écarté de la pratique sportive en raison de ses opinions religieuses ou politiques. Le sport est un formidable levier d'intégration, de lutte contre l'échec scolaire, d'émancipation et de réduction des inégalités sociales et culturelles.
Le Gouvernement et l'ensemble des acteurs du monde sportif restent vigilants, mobilisés et déterminés à empêcher que le sport ne devienne un lieu de tensions, de sexisme ou d'exclusion. »

Cette réponse est intéressante à plus d’un titre car on échappe enfin aux arguments qui posent le problème en termes d’hygiène ou de sécurité. En effet, le gouvernement affirme :
  • que les terrains de sport sont des espaces de neutralité où les valeurs collectives doivent « primer » ;
  • que le mouvement sportif est garant de l’absence de discrimination dans les pratiques sportives, et notamment d’une stricte égalité hommes-femmes ;
  • que le sport, levier d’intégration et d’émancipation, ne doit pas devenir un lieu d’exclusion.

Je dis OK, bien sûr. J'applaudis même. Mais un doute m’habite. Plusieurs même.
  • D’abord on n'échappe pas à la confusion entre le voile comme signe religieux et le voile comme symbole de la domination masculine dans une culture étrangère (sinon hostile) à la République, et donc à un jugement de valeurs d'une civilisation sur une autre ;
  • Ensuite, on peut se demander si, au regard de la Convention européenne des droits de l'Homme, une pratique sportive est de nature à justifier une mesure portant atteinte à la liberté de conscience dans une société démocratique ? (lire ici, même si ça date un peu)
  • Enfin, face à certaines situations de terrain, peut-on faire l'économie de la réalité : ne vaut-il mieux pas, pour des jeunes filles / femmes, pratiquer un sport avec un foulard, et y trouver un lieu d’émancipation pour conquérir l'égalité ? (à peine d'être condamnées, au nom de l'égalité,  à être maintenues cloîtrées dans leur 2 pièces-cuisine par un père/mari intolérant qui ne sera pas inquiété ?
Je n’ai pas de réponses à ces questions, j'observe simplement. Entre ostensible et ostentatoire l'école de la République ne parvient toujours pas à solutionner sans sanctionner. On peut lire aussi parait-il dans le rapport d'étape remis par Jean-Louis Bianco que certaines atteintes à la laïcité ont été surestimées (ici). Je me demande aussi si nous aurons demain le même type de « conseils » adressés aux mouvements de jeunesse, aux établissements culturels… et quelles seront les conséquences pour celles-là qui portent le voile pour gagner un peu de liberté.

Source : questions n° 00587, 00646 et 04262, JO débats parlementaires/Sénat du 11 avril 2013

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Marc Guidoni