samedi 2 février 2013

Arythmie scolaire stade 1


Malgré sa condescendance et son outrecuidance, le billet « Vive l’école le mercredi » signé par l’économiste Thomas Piketty dans Libération cette semaine a, croyant sans doute valider la réforme Peillon des rythmes scolaires, eu le mérite d’en poser les véritables enjeux pour le Gouvernement : égalité des chances, laïcité, égalité homme-femme. Voici donc une réforme scolaire qui se range dans la catégorie des changements sociétaux, plutôt que dans celles des lois d’organisation. C’est sans doute ce choix qui donne ce goût d’inachevé, et surtout cet écart entre la solution proposée et la nécessité réelle de faire évoluer le rythme de l’école.

Pour autant, les enjeux gouvernementaux ne sont pas contestables :
  • la considération envers les enfants qui croupissent devant la télé et la bêtise des programmes qui leur sont destinés est louable ;
  • la question de l’égalité homme-femme au travail est une vraie préoccupation, est-ce à l'école de la régler ? ;
  • la suppression du temps libéré par la IIIème République « pour le catéchisme » est plus préoccupante, tant l’Eglise a sur ce moment été relayée par les mouvements d’éducation populaire et les clubs sportifs ou culturels (donc pas nécessairement réservés aux bobos).

Mais le coût de la réforme proposé reste faramineux au regard de ces motivations. Et je ne parle pas d’un coût économique, mais bien de conséquences sociales.

Du point de vue des familles d’abord : on n’y comprend rien !

La liberté d’organisation qui répond à la rapidité de publication du décret créée une incertitude qui a des conséquences sur l’organisation familiale, et notamment sur des choix professionnels qui interviennent précisément à ce moment de l’année. Les hypothèses d’organisation sont si nombreuses qu’elles insécurisent totalement les foyers pour lesquels les solutions de garde intermédiaire sont déjà un problème.

Autre problème de sécurité, lié au point suivant, les choses lues ou entendues sur la manière dont les enfants pourrait être accueillis en relais des enseignants…

Du point des tiers-lieux éducatifs : c’est la stupeur !

La surprise est totale dans les associations éducatives. Les discours et décisions sont terribles : disqualification des accueils périscolaires, changement des normes d’encadrement, suppression des seuils de qualification…

Engagé à titre professionnel et institutionnel dans la formation des personnels de ces anciennes « garderies municipales », je peux témoigner du soin apporté le plus souvent (ma propre commune n’est pas un très bon exemple, il faut le dire) à l’organisation de véritables structures-relais éducatives, municipales ou déléguées aux mouvements d’éducation populaire, avec du personnel qualifié, compétent et engagé.

Sans aucun projet de fond sur la place du sport, de la culture et du jeu comme instruments d’éducation la réforme décrétée vient contredire tous les engagements pris par le Président de la République depuis l’instauration d’un véritable Ministère de la Jeunesse.

Du point de vue des enfants : les oubliés de la réforme

La concertation du Gouvernement précédent n'a porté que sur des enjeux horaires. Mais le problème n'est pas "chronobiologique". Les solutions à ces enjeux sont connues. Mais on le sait, la réforme de l'école passe d'abord par une révolution des programmes qui permettrait d'abord de structurer et de construire les savoirs par des apprentissages fondamentaux. Bref, allègement et ouverture sur le monde, l'histoire et des histoires.

Mais dès que l'on touche à la question, d'autres lobbies s'animent, encore plus puissants. En outre, le risque pourrait être de migrer vers une école "des esprits" que nous ne saurions cautionner au nom de la liberté de conscience. Mais c'est cette évolution-là qui permettrait de casser le rythme actuel de l'école qui ne correspond qu'à des choix du passé, entre calendrier agricole et journée à l'usine.

Je ne parlerai pas du point de vue des enseignants. Mais il y a des choses à dire… et je soutiens pour une large part leur contestation. Je ne parlerai pas non plus des collectivités. Ça viendra. Je reviendrai sans doute sur les éléments que je dévoile ici, et d'autres. Des éléments que nous avons avancés dans le collectif ParentsEnsemble mérite aussi analyse et prudence, comme la question des vacances d’été.

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Marc Guidoni