vendredi 6 août 2010

Grande distribution : la machine à broyer

Avant de partir, je lisais en ligne les déclarations de Catherine Vautrin, présidente de la CEPC, la commission d’examen des pratiques commerciales. Depuis janvier, elle relaie les inquiétudes des PME qui fabriquent les produits vendus par les grandes enseignes sous leur marque propre. En effet, la commercialisation des marques de distributeurs (MDD) lèserait leurs fabricants, soumis à de nombreuses pressions.

J’avais à l’esprit ces constats lorsque, durant trois semaines, en vacances à la frontière avec l’Italie, j’ai fais mes courses à Carrefour côté transalpin. Au fil des rayons, j’y ai fait des découvertes étonnantes, concernant notamment la capacité du groupe français d’adapter ses produits au pays dans lequel il est installé. D’abord, à quelques kilomètres de l’hexagone, ce sont les écarts de prix sur les produits alimentaires qui sont spectaculaires. Peut-on raisonnablement arguer d’habitudes alimentaires différentes pour doubler voire tripler le prix des pâtes, du riz ou de l’huile d’olive ? Mais, plus choquant, la quantité de produits locaux proposés par le distributeur français en MDD (et introuvables en France). Décidément, où qu’elle se trouve, une enseigne de grande distribution met en place les mêmes schémas conduisant à affaiblir le tissu économique local. Le marché unique …

Un affaiblissement du tissu industriel
 
En 2008, les produits en MDD ont représenté 34 % de part de marché dans les rayons des hypers/supers. Le double des chiffres observés en 1993. Fabriquées majoritairement par des PME, ces produits sont réalisés dans le cadre de conventions très strictes signées entre les professionnels de l’agroalimentaire et les distributeurs.

Les pratiques des grandes enseignes dans le cadre de la commercialisation des MDD sont dénoncées depuis plus d’un an par l’Association nationale des industries alimentaires (ANIA). Ce sont les responsables de cette structure qui ont les premiers désignés les distributeurs comme une ‘machine à broyer’.

Les remarques de la CEPC portent précisément sur les conventions qui lient les industriels et les enseignes. On y retrouve certaines pratiques contestées par ailleurs comme les marges arrières, ou autres participations à la mise en valeur commerciale, pour des produits qui, paradoxalement, ne portent pas la marque de leur fabricant. Ou encore, nombre de contrats sont signés pour une année, faisant porter sur les plus petites PME des risques importants si des investissements s’avèrent nécessaires. Enfin, aucune disposition ne permet réellement de protéger les savoir-faire des industriels, qui ne pourraient éviter que les supermarchands se les approprient.

Certaines dérives font précisément l’objet d’assignations lancées à l’automne dernier par les secrétaire d’Etat au commerce, Hervé Novelli. Pas moins de 9 distributeurs sont concernés par cette procédure :Carrefour, Casino, Auchan, Leclerc, Cora, Système U, Intermarché, Castorama et Darty. Les jugements sont attendus pour la rentrée.

Sept bonnes pratiques pour enrayer la machine

Dès à présent, le 7 juillet dernier, la CEPC a donc publié un guide des bonnes pratiques, destiné à remédier aux dérives constatées. Il s’agit en fait de donner 7 points d’attention, et autant de clés de lecture des contrats.
  1. encourager la signature de contrats pluriannuels
  2. interdire les facturations de mise en avant de MDD par les fournisseurs
  3. définir plus précisément les modalités du partenariat entre les deux signataires
  4. respecter des engagements de volume
  5. encadrer les audits
  6. définir les conditions de rupture
  7. protéger le savoir-faire du fabricant.


+ d’infos :
La grande distribution est mise en demeure de régulariser ses pratiques avec les PME, Claire Gatinois pour Le Monde.fr 7 juil.2010
Qui se cache derrière les marques de distributeurs ? Journal du Net

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Marc Guidoni