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mardi 25 août 2026

Le pape en France et la laïcité : et si nous relisions enfin la loi de 1905 ?

La venue de Léon XIV en France, du 25 au 28 septembre prochains, soit dans à peine un mois aujourd'hui, provoque déjà ce que les visites pontificales provoquent régulièrement dans notre pays : un débat sur la laïcité. Et, avec lui, quelques réflexes bien installés.

Le pape vient. Une messe est prévue place de la Concorde et sur les Champs-Élysées. Des centaines de milliers de personnes sont attendues. Et aussitôt surgit la question : est-ce compatible avec la laïcité française ? Plutôt que la question, ce qui s'affiche c'est l'affirmation que la visite et ses temps forts seraient par nature contraire à notre laïcité.

La question mérite mieux qu'une réponse idéologique. Elle mérite que l'on regarde ce que dit réellement le droit. Et, à lire les textes, la réponse est finalement assez simple : oui, une cérémonie religieuse peut parfaitement se tenir dans l'espace public dans une République laïque.

La laïcité ne signifie pas l'effacement du religieux

Commençons par le commencement.

L'article 1er de la Constitution proclame que "la France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale". Mais il ajoute immédiatement que la République "respecte toutes les croyances". Cette seconde partie est trop souvent oubliée. La laïcité française ne repose pas sur l'interdiction de la religion dans l'espace public. Elle repose sur la liberté de conscience des citoyens, la neutralité de l'État et l'égalité de tous devant la loi.

La Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 le disait déjà, en son article 10 : nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, sous réserve que leur manifestation ne trouble pas l'ordre public.

Et la loi du 9 décembre 1905 est encore plus explicite. Son article 1er rappelle que "la République assure la liberté de conscience " et "garantit le libre exercice des cultes sous les seules restrictions" justifiées par l'ordre public.

Autrement dit : la République ne garantit pas seulement le droit de ne pas croire. Elle garantit aussi le droit de croire, de pratiquer et de manifester sa religion dans le respect de tous. C'est précisément cela, la liberté de conscience.

La neutralité concerne d'abord l'État

La neutralité se situe au niveau de la puissance publique. L'article 2 de la loi de 1905 dispose que la République "ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte". La puissance publique ne doit pas promouvoir ou privilégier une religion, ni financer le culte. Cela ne signifie pas qu'il doit empêcher les citoyens de pratiquer leur religion dans l'espace public. La distinction est essentielle : la neutralité de l'État n'est pas la neutralisation de la cité et de ses citoyens.

Par exemple, une collectivité ne peut pas organiser elle-même une cérémonie religieuse au nom d'une préférence confessionnelle. A ce titre, l'actualité récente de la ville de Nice pose question. En revanche, elle peut parfaitement autoriser l'occupation d'un espace public par une manifestation religieuse, dans les conditions prévues par le droit commun. Le juge administratif rappelle aussi régulièrement qu'il n'est pas possible de limiter l'expression religieuse des citoyens sans motif légitime, comme nous le lisons dans cette nouvelle annulation d'un arrêté municipal interdisant les tenues manifestant une appartenance religieuse sur les plages de Mandelieu.

C'est la même logique que pour une manifestation politique, syndicale, sportive ou culturelle : l'espace public appartient à tous, et son usage est encadré par les règles de police et d'ordre public. Et par un principe fondamental souvent mal compris : "la liberté c'est de faire ce qui ne nuit pas à autrui".

Une messe dans la rue ne viole pas la laïcité

La jurisprudence administrative française est ancienne sur ce point. Dès 1909, dans son célèbre arrêt Abbé Olivier, le Conseil d'État rappelle que les pouvoirs de police doivent être conciliés avec le respect des libertés garanties par les lois, au rang desquelles figure la liberté de culte.

Plus généralement, depuis l'arrêt Benjamin de 1933, le droit administratif français repose sur une idée simple : la liberté est la règle, la restriction de police l'exception. Pourquoi en serait-il autrement pour le culte ? Une manifestation peut donc être réglementée ou interdite si elle présente un risque réel pour l'ordre public. Mais son caractère religieux ne suffit pas, à lui seul, à justifier une interdiction.

La question de l'article 28 de la loi de 1905

On entend parfois invoquer l'article 28 de la loi de 1905, qui interdit d'apposer des signes ou emblèmes religieux sur les monuments publics ou en quelque emplacement public que ce soit, sous certaines exceptions. Mais là encore, il faut lire le texte jusqu'au bout et regarder la jurisprudence du Conseil d'État. La jurisprudence sur les crèches de Noël, abondante désormais, permet d'affiner l'analyse des situations de terrain, qu'il s'agisse des statues, calvaires ou croix sommitales.

Depuis 2016, le Conseil d'État distingue notamment les signes religieux installés par une personne publique et les autres situations. La question n'est donc pas de savoir si un symbole religieux existe dans un espace public. Comme j'ai pu le commenter par ailleurs, elle est de savoir qui l'y installe, dans quel but, dans quel contexte et avec quelle signification.

Quant à la visite du pape, inutile de l'invoquer : l'article 28 ne transforme pas la voie publique en zone interdite aux religions. Un culte organisée par une organisation religieuse sur un espace public ne saurait être assimilé à l'installation permanente, par une collectivité, d'un emblème religieux sur un monument public.

Le pape est aussi un chef d'État

Il existe enfin une autre dimension dans cette visite : Léon XIV n'est pas seulement le chef de l'Église catholique. Il est aussi le souverain de l'État de la Cité du Vatican. Cela donne à sa venue une dimension diplomatique et institutionnelle qui n'est pas nouvelle. Le président de la République peut donc recevoir le pape comme il reçoit d'autres chefs d'État ou représentants étrangers, tout en laissant chacun libre d'apprécier, à titre personnel, la dimension religieuse de sa présence.

Un président de la République qui rencontre un pape ne devient pas catholique. Un député qui assiste à une messe ne transforme pas l'Assemblée nationale en lieu de culte. Un citoyen qui participe à une procession ne remet pas en cause la laïcité de la République. Et un État qui assure la sécurité d'un rassemblement religieux ne le subventionne pas davantage qu'il ne financerait une manifestation syndicale lorsqu'il y déploie ses forces de police.

Une liberté qui n’est pas une reconquête

  • Il est parfaitement légitime de considérer que la présence du pape dans un lieu aussi symbolique que la Concorde est politiquement discutable.
  • Il est parfaitement légitime de questionner le coût de l'événement, les moyens mobilisés par les pouvoirs publics ou la place accordée à cette visite.
  • Il est parfaitement légitime, enfin, de ne pas partager les convictions de ceux qui participeront à cette messe.

Mais ces débats relèvent de la politique, de l'opinion ou de choix personnels. Ils ne doivent pas être artificiellement transformés en questions juridiques à propos de la laïcité. Oui, certains auraient voulu qu'une République laïque soit une République débarrassée du religieux, par la loi autant que par l'évolution des moeurs. Finalement, l'histoire en a décidé autrement. Une République laïque, c'est une République dans laquelle aucune religion n'est la religion de l'État, mais où chacun peut librement croire, pratiquer, transmettre, discuter, convaincre... ou ne pas croire bien sûr.

Reste une question, plus politique que juridique. Le retour d’une visibilité catholique dans l’espace public ne doit pas conduire à une affirmation identitaire, comme si, après des décennies de discrétion, il fallait désormais "reprendre sa place".

La laïcité protège pleinement la liberté des catholiques de croire, de pratiquer et de témoigner. Mais cette liberté ne vaut pas comme droit à occuper davantage l’espace commun que les autres, au nom d'une certaine idée de ce que seraient la France et les Français.

La messe présidée par Léon XIV dans l’espace public n’est donc pas une faveur accordée par la République à l'ancienne religion de la majorité des Français, pas plus qu'elle ne marque une victoire du catholicisme sur la République. C’est simplement l’exercice d’une liberté, offerte à tous.

Ainsi, la question n'est donc définitivement pas : "La République survivra-t-elle à une messe ?" La question fondamentale, c'est : "Sommes-nous suffisamment sûrs de notre laïcité pour accepter qu'une religion s'exprime librement dans l'espace public sans considérer que la République est en danger ?"


image d'illustration générée par IA

lundi 12 novembre 2018

Voile intégral, religions et liberté


Vous avez sans doute entendu parler d’une décision du Comité des Droits de l’Homme des Nations Unies présentée partout comme un nouveau rebond de l’affaire Babyloup. Il y a quelques jours, la presse s’est de nouveau fait l’écho d’un autre rapport de l’institution onusienne, épinglant une nouvelle fois la France pour « atteinte à la liberté religieuse ».

Selon ces experts, l’interdiction du port du voile intégral et les limites possibles au port d’un signe religieux au travail conduisent la France à violer la liberté des croyants.

Nous pourrions balayer d’un revers de main les avis de ce Comité onusien. Ils ne représentent ni de véritables sanctions ni de réelles condamnations au sens où l’entendent ceux qui les ont obtenus. Les mesures visées ont par ailleurs donné lieu à des validations régulières, tant des juges nationaux que de la Cour Européenne des Droits de l’Homme. C’est solide.

A vrai dire, ces 2 avis posent d’autres questions. Dans un contexte international favorable aux libertés individuelles, il semble que des ennemis de la démocratie instrumentalisent à nos dépends notre culture des droits de l’Homme. L'enjeu ? Une forme de séparatisme, non pas régional mais idéologique.

Alors, l’interdiction du voile intégral est-elle réellement juste ? La laïcité est-elle une protection insuffisante contre le terrorisme ? Faut-il interdire le salafisme ? Reste-t-il une place pour la vision française de la démocratie républicaine, pour l’intérêt général, la responsabilité sociale et au-delà… le bien commun ?

A propos de la loi d’octobre 2010 sur la dissimulation du visage

La presse internationale parle, sans véritablement la saluer, de « décision historique contre la France ». Aux yeux des observateurs anglo-saxons, les constatations du Comité des Nations Unis anéantissent le principe de laïcité, notamment en ce qu’il aurait conduit au vote de la loi du 11 octobre 2010 interdisant la dissimulation du visage dans l’espace public. Or, cette loi n’est nullement fondée sur la laïcité. Ce que défend la loi par l’interdiction qu’elle édicte, c’est notre attachement à la Nation, à un modèle social fondé sur la dignité de la personne humaine…

« Nul ne peut, dans l'espace public, porter une tenue destinée à dissimuler son visage ». Par cette proclamation assez solennelle, la loi entendait rappeler que la dissimulation volontaire et systématique du visage est tout simplement contraire aux exigences fondamentales du vivre ensemble, contraire à l’idéal de fraternité. Une telle pratique ne satisfait pas davantage à l'exigence minimale de civilité nécessaire à la relation sociale. Le législateur ne cache pas qu’il vise en particulier le voile intégral. Ainsi l’exposé des motifs de la loi (lire ici), défend-il que le voile intégral, « porté par les seules femmes » constitue une « atteinte à la dignité de la personne[et] va de pair avec la manifestation publique d'un refus ostensible de l'égalité entre les hommes et les femmes » ; « il ne s'agit pas seulement de la dignité de la personne ainsi recluse, mais également de celle des personnes qui partagent avec elle l'espace public et se voient traitées comme des personnes dont on doit se protéger par le refus de tout échange, même seulement visuel. »

Après, ne nions pas que cette loi est sans impact sur notre pratique de la liberté religieuse. En France, exprimer ses convictions, même religieuses, est libre, dans la mesure où leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la loi. Dès lors, le vote de la loi de 2010 a pour conséquence il est vrai de limiter la liberté de porter le voile intégral. La liberté religieuse cède devant l’ordre public, car la laïcité garantit l’égalité de tous devant la loi, quelles que soient les convictions.

De ce fait, les juges européens ont reconnu cette interdiction générale (non exclusive du voile intégral) comme l’une des mesures nécessaires, dans une société démocratique, à la sécurité publique, à la protection de l’ordre, de la santé ou de la morale publiques, ou encore à la protection des droits et libertés d’autrui. Elle constitue ainsi une limite acceptable à une liberté individuelle. Depuis l’entrée en vigueur de la loi de 2010, 2000 femmes portant un niqab ont fait l’objet d’une contravention. Mais l’arrestation toute récente du braqueur en cavale Redouane Faid, caché sous un niqab, n’a pas manqué de faire sourire les spécialistes : cette exemple prouve qu’il n’est pas systématiquement question d’exercice de la liberté de religion !

La France, le voile intégral, la liberté de religion et la lutte contre le terrorisme

Beaucoup de gens demandent dans quelle mesure le Coran demande aux femmes de se voiler. Les interprétations des uns valent celles des autres. A notre niveau, ce qui importe, c’est de savoir et de bien mesurer que le port d’un voile intégral par les femmes est un marqueur de pratiques religieuses rigoristes, pratiques qui caractérisent les courants salafistes présents en France. Et ces mouvements eux-mêmes ne sont pas unifiés.

Les spécialistes distinguent 3 formes de salafisme. D’abord l’approche « piétiste » (ou salafisme quiétiste), dont les adeptes demandent a priori à vivre pacifiquement en France selon les préceptes de leur religion. Ces personnes sont souvent tancées et instrumentalisées par un deuxième courant connu à travers les « Frères musulmans » qui recherchent le pouvoir par les voies démocratiques. Très revendicatif, notamment contre la laïcité présentée comme principe antimusulman, ce courant politique est à l’origine de nombreuses actions en justice pour discrimination. Leurs victoires contre des mesures considérées comme discriminant les musulmans (burkini, menus à la cantine et autres) nous sont bien connues. Enfin, il existe un salafisme révolutionnaire, qui entend lui prendre le pouvoir et imposer la Charia à n’importe quel prix, je vous laisse faire le lien, il ne s’exprime pas dans les urnes.

Le port du voile, et du voile intégral, justifié au nom de la liberté religieuse donne à voir, parmi d’autres revendications, le poids de ces courants dans les villes françaises. De fait, bien que souvent mal comprise, la laïcité permet de manifester librement sa religion. Les salafistes utilisent cette liberté pour interroger notre modèle social et provoquer des discriminations qui renforcent leurs droits. C’est ainsi qu’a été saisi le Comité des Nations Unies. Des voix s’élèvent alors pour limiter non pas les pratiques rigoristes de ce mouvement, mais directement d’interdire le salafisme pour ce qu’il est. C’est dans ce but que l’on parle de réforme de la laïcité. Or la laïcité est d’abord une liberté…

En effet, il est dans l’état du droit impossible d’intervenir sans constater des infractions ou au minimum des troubles à l’ordre public. La liberté de culte est première. Il n’y a possibilité d’action pour l’Etat que lorsque le trouble à l’ordre public est avéré, ou que des actions relevant d’infractions pénales sont constatées. Ainsi peut-on verbaliser les femmes portant le niqab, ou encore fermer des lieux de cultes recevant des prédicateurs extrémistes, eux-mêmes expulsés s’ils étaient étrangers. Succédant à l’état d’urgence, la loi SILT a ajouté quelques mesures de police administrative qui confortent ces pratiques (cf. aussi fermeture récente mosquée de Grande-Synthe confirmée par le Tribunal Administratif). Mais pas interdire un groupe religieux.

De la pratique complexe de la liberté

En France, la liberté se définit comme une responsabilité sociale : elle consiste en un pouvoir d’agir limité par, en quelque sorte, la conscience de l’autre. Face à la liberté individuelle, la République proclame que la liberté est de faire ce qui ne nuit pas à autrui. La loi ne peut ainsi interdire que ce qui nuit. Et on est libre ainsi, si l’on applique la loi, cadre de vie donné au peuple par le peuple.

La loi de 2010 interdisant la burqa est ainsi fidèle à cette vision de la liberté. On ne peut pas faire ce qu’on veut dans notre République, au mépris de toute convenance sociale et du respect des autres. Limiter une liberté individuelle est possible, au nom de notre « ordre public », cette notion juridique qui caractérise une vie sociale paisible et sereine.

Dans les pays anglo-saxons, c’est la liberté individuelle qui prime. Avec des conséquences pratiques très différentes : campagnes publicitaires où le voile est porté dès le plus jeune âge, dans les pratiques sportives, au travail…

Dans les pays autoritaires, que l’on retrouve parmi les défenseurs de la liberté religieuse, être libre signifie pourtant aussi appliquer la loi… à la seule différence qu’elle n’est pas le produit d’un geste démocratique, mais qu’elle s’impose à tous car venue de Dieu, ou proclamée par des hommes qui se prétendent inspirés par Dieu.

C’est de ce point de vue-là le message même des fondamentalistes religieux. Pour eux, la République elle-même est en quelque sorte le grand Satan : elle conduit à attribuer au peuple un pouvoir qui n’appartient qu’à Dieu, faisant de toute personne acceptant la situation un horrible associateur, coupable selon le Coran du plus grave des crimes. Ainsi se justifie de fuir la France pour vivre dans un pays musulman, ou de prendre les armes.

Alors c’est vrai, la laïcité, en ce qu’elle permet d’abord d’exprimer librement ses convictions religieuses, apparaît comme un principe faible face à la menace que représente finalement cet absolutisme de la liberté. Et ceux qui la défendent, comme moi, sont souvent qualifiés de doux dingues. Mais ceux-là se trompent. Ce n’est finalement pas la laïcité qui est le principe le plus menacé dans l’histoire. Ce qui est menacé, c’est la liberté, la démocratie, l’intérêt général… et à travers eux notre conception même de la vie sociale, au-delà de l’expression des convictions religieuses. Mais pour ça, encore faut-il que la République s’honore de compter, parmi ses citoyens, des femmes et des hommes qui pensent que leur vie a plus de valeur que le temps qu’ils ou elles passent sur cette terre. Ces personnes ont en commun d’être croyants, et ils ont, aujourd’hui comme hier, un rôle important à jouer pour sauvegarder l’essentiel.

mardi 7 août 2018

Service national universel : devenir des adultes exemplaires

Qui s'opposerait à une initiative mobilisant les jeunes et les invitants à bâtir une société plus juste et plus fraternelle ? Cette ardente incitation à contribuer au bien commun ne devrait alors rencontrer que l'enthousiasme ! Et pourtant...

Il faut dire que le "Service national universel" qui se dessine selon le vœu du Président Macron ressemble bien peu à un tel programme. Court internat encadré par des militaires, il s'apparente à une expérience psychosociale qui consiste à contraindre des collectifs d'adolescents très divers à se rencontrer et à s'aimer, au nom de l'intérêt national.

mardi 10 avril 2018

L’Etat chez lui, l’Eglise chez elle. A propos du discours d'Emmanuel Macron aux Bernardins

"L'Etat chez lui, l'Eglise chez elle !" Par ce trait d’Hugo, que souvent me rappelle un ami poète azuréen, nous pourrions semble-t-il nous joindre aux hauts cris de ceux qui contestent au Président Macron le droit de s’être adressé, hier soir, à une assemblée réunie par les évêques de France.

Mais en réalité l’Etat est partout chez lui, comme il le montre par ailleurs, hasard du calendrier, en envoyant la maréchaussée dégager Notre-Dame-des-Landes qui, malgré son nom, n’est pas une chapelle. Et s’il est partout chez lui, il semble possible qu’il s’adresse à quiconque lui donne la parole, si tant est qu’il ait besoin d’une autorisation de la prendre...

vendredi 2 février 2018

A quoi sert l'école ?

Il y a quelques jours j'ai été interpellé poliment sur Twitter à l'occasion d'un échange sur l'éducation. La question était :"finalement, pour vous, à quoi sert l'école ?". En répondant alors "Pas de polémique !", je n'avais nulle volonté de fuir le débat... j'étais dans le TGV et ma connexion et ma connexion ne m'assurait pas la disponibilité nécessaire. Les jours passant, il est temps de partager ici quelques réflexions sur le sujet.

mercredi 31 janvier 2018

Kippa 'p ou pas cap... il faudrait relire la lettre de Mgr Saliège plus souvent

8 ans, une kippa sur la tête pour marquer son humilité et son respect envers Dieu.
Sur le chemin de l'école, des "jeunes" l'ont fait chuter sur le sol et lui ont porté des coups. Apprendra-t-on bientôt que ce n'était qu'un jeu, une sorte de cap' ou pas-cap' débile, ou un racket sournois qui s'est mal terminé ou pire... une agression délibérée parce qu'il avait une kippa.
72 heures après la journée de mémoire de la Shoah,.
Le procureur a classé l'acte était comme antisémite, un mot que j'espérais sorti du dictionnaire du français courant. Mais les mauvaises idées ont la vie dure.

lundi 20 novembre 2017

Quand le bien-être tient salon...

Hier j'ai accompagné l'épouse aux "Journées du bien-être". C'est une sorte de kermesse new age où, sous un panonceau rappelant que la loi Hamon ne s'applique pas aux ventes sur salon, se négocient à prix d'or diverses recettes du bonheur individuel dont notre vie sociale trépidante, faite de travail et de famille, nous prive.

lundi 13 novembre 2017

Non, les crèches ne sont pas interdites !... et autres mythes à propos de la laïcité en France

"Quelquefois dans la crèche une affreuse vipère
Loin du jour importun a choisi son repaire."
Virgile (trad. Jacques Delille)

Je n’ai sans doute ni légitimité ni autorité pour dire aux édiles qui, à l'aube du temps de Noël, prétendent assurer le salut de la culture française en posant quelques figurines naïves au cœur des bâtiments publics. Je n’en ai sans doute pas plus envers les chrétiens qui font feu de tout bois contre le juge administratif qui à mes yeux, appliquant la loi, protège de toute instrumentalisation politique des symboles de leur foi.

Mais je vous propose ici de faire le point, une fois de plus... Car les crèches ne sont pas interdites, pas plus que les croix ou les statues, les processions ou les prières dans la rue (enfin, pour ces dernières, il faudra lire jusqu'au bout). Ce qui devrait l'être, c'est l’instrumentalisation de la foi, qu'elle soit chrétienne ou musulmane, pour polluer le débat public et accréditer les idéologies et les extrémismes (y compris le fanatisme religieux) dont l'Histoire contemporaine montre qu'elles demeurent plus néfastes que le sentiment du sacré.

mardi 31 octobre 2017

Faites la paix avec la laïcité ! (à propos de #montretacroix)

Depuis une semaine les passions françaises se déchaînent autour d’un monument municipal à la gloire de Jean-Paul II. La guerre des deux France est relancée, entre les tenants d’un gallicanisme mêlant de manière anachronique foi et politique et des enragés qui considèrent la religion comme l’aliénation suprême des esprits. En cause, la laïcité, autant mal comprise par les uns que par les autres.

lundi 24 avril 2017

On ne transige pas avec la haine de l'autre

J'ai voté pour lui. Non pas lui, l'autre. A force d'écouter, à force d'arrêter de me prendre pour plus grand que moi et de développer mes arguments de gaullo-constitutionnaliste sur les primaires et tout ça, j'ai voté pour lui. Le pire, c'est qu'à un moment en vous lisant, en vous entendant, j'ai pu moi-même penser qu'il en serait autrement. Mais voilà, ce matin il n'en est rien. Tout cela a un goût amer, et ça passe pas.

Depuis le quinquennat et l'inversion du calendrier électoral je ne crois plus guère aux institutions de la Vème République, alors que je reste attaché à sa stabilité. Depuis le Front national à Toulon et un certain 22 avril, je ne crois plus guère aux élections si l'on ne peut choisir celle ou celui qui nous représente sur un projet, plutôt que pour barrer la route à l'autre.

jeudi 20 avril 2017

Nous sommes Français, et pourtant...

Quelques semaines, quelques jours, quelques heures... Dans cette campagne si bruyante j'ai jusqu'ici choisi de me taire. Et puis hier, en passant un moment à Sciences Po à deviser de laïcité, de France et de République avec Jean-Louis Bianco et quelques étudiants, voici que le Président de l'Observatoire de la Laïcité sort un petit livre et nous lit quelques extraits d'un discours de François Mitterrand. Un texte vieux de 30 ans.

Ceux qui me connaissent savent que j'ai accueilli la proposition d'un sourire peut-être un peu narquois, tant je n'ai guère d'amitié pour "Tonton". Mais j'ai tout de même écouté, d'une oreille distraite... Et c'est ainsi que surpris, je vous livre ce soir à mon tour ces quelques mots.

"Nous sommes français, nos ancêtres les gaulois, un peu romains, un peu germains, un peu juifs, un peu italiens, un petit peu espagnols, de plus en plus portugais, peut-être qui sait polonais, et je me demande si déjà nous ne sommes pas un peu arabes ? … 
Ayant compris cela, je suis sorti de ma province et je souhaite qu'à travers les générations, les Français qui viendront après moi, fiers quand même de ce qu'ont été ceux d'avant, considèrent que ceux d'après, ceux du siècle prochain seront plus forts, seront plus riches de culture, seront des Français plus proches de l'universel et donc de la compréhension des affaires du monde, s'ils savent admettre et comprendre les autres cultures pour en faire aussi leur propre culture.
Cela se lie à des choix politiques en certaines circonstances. Je voudrais bien que ces choix politiques n'altèrent pas ce type de débat, et que puissent siéger dans des assemblées comme celle-ci, des femmes et des hommes dont les conceptions de politique intérieure sont diverses, mais qui sauraient s'allier pour refuser tous les appels de l'inconscient ou de je ne sais quel subconscient mal réglé ou mal dirigé. Qui seraient capables de choisir l'unité de la France à construire plutôt que le regret vain, parfois inintelligent, le refus de vivre dans son temps, ou le rêve de je ne sais quel âge d'or qui n'a jamais existé.
Savoir que si âge d'or il y a jamais, c'est celui que nous construirons, celui que vous saurez construire […] Celui que nous construirons, avec les autres et par les autres, pour être davantage encore ce que nous sommes."

Faites en bon usage, débattez-en. Mais au demeurant, ne perdez pas de vue que dans un débat il ne faut jamais conclure que toutes les idées se valent, que tous les projets se défendent. Dans une démocratie nous avons besoin de discerner les opinions qui permettent de servir le bien commun de celles qui malgré leur attrait divisent, isolent et détruisent jusqu'à la vie sociale même.

Extraits d'une allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, à l'occasion du colloque sur "la pluralité des cultures" organisé par la Fondation "France-Libertés" à La Sorbonne, Paris, lundi 18 mai 1987. (texte intégral)

samedi 3 décembre 2016

Cachez cette crèche que je ne saurais voir #oupas

Depuis plusieurs mois, sinon années, les juristes cherchent la lumière dans un débat politique aussi creux que certaines figurines de plâtre qui décorent jardins, maisons, lieux de culte chrétien ou villes et villages à l'occasion de la fête de Noël.

Au moment où l'Education Nationale pourrait envisager de renommer les vacances de fin d'année pour être plus respectueux de l'ensemble des croyances ou non-croyances de la population, ce débat est relancé tactiquement par des élus soucieux de "patrimoine culturel", dans un sens qui leur est tout à fait particulier. Bref, la France pourrait-elle bientôt se déchirer à propos d'un couple juif mettant au monde un enfant dans un certain dénuement, bientôt entourés de mages orientaux peu catholiques et dont les effigies seraient dressées aux coins des rues ?

A bien regarder les récentes décisions du Conseil d'Etat, on peut donc compter plusieurs raisons de "faire la crèche" comme le dit l'expression populaire.

mercredi 9 novembre 2016

America... Obama... Trump...

Comme chantait le grand Bob Dylan...  Les temps sont en train de changer.
The Times They Are A Changing
Come gather 'round people
Venez rassemblez-vous tous braves gens
Wherever you roam
D'où que vous veniez
And admit that the waters
Et admettez que les eaux
Around you have grown
Autour de vous ont monté

jeudi 18 août 2016

Burkini : la République mise à nu

Haut les mains, peau de lapin, la République en maillot de bain.

Telle pourrait être la comptine de la rentrée politique, après un été où le slogan des publivores fondamentalistes des années 80 n'aura jamais été autant d'actualité. Remember https://www.youtube.com/watch?v=u6hiorFhDcY Quand on pense que la société qui promettait de mettre Myriam à nu s'appelait "Avenir". Bref, soyons raisonnables...

C’est avec le plus grand dépit que s’enfilent un à un sur le fil de l’actualité les arrêtés municipaux interdisant le costume de bain couvrant qu’une styliste australienne baptisa "burkini".

mardi 10 mai 2016

Vous avez-dit 49-3 ?

Au moment où les passions se déchaînent dans l'hémicycle et que les experts de tout poil annoncent l'utilisation du "49-3", je pose ça là, histoire non pas de contribuer au débat mais à le dépoussiérer. Car, osons le dire, ce débat est dépassé. 

Le long titre 5 de la Constitution de 58 qui recèle l'article 49 s'intitule avec charme "Des rapports entre le Parlement et l Gouvernement". Derrière cette accroche, fidèle à la feuille de route donnée par le Parlement de la IVème République, De Gaulle et Debré ont tricoté un régime efficace portant toutes les caractéristiques du régime parlementaire, ces éléments de "séparation souple" des pouvoirs que l'on enseigne dans les premières heures de droit constitutionnel.

jeudi 17 mars 2016

Barbarin : faut-il ajouter l'outrance à l'outrage ?

Ne nous laissons pas gagner par la haine. La seule chose insupportable dans cette affaire, c'est le silence qui entoure la souffrance des enfants, des adultes meurtris et des fidèles trahis. 

lundi 7 décembre 2015

Le changement c'est maintenant... ou jamais.

Si les peurs et la haine progressent et menacent nos valeurs, je refuse de croire que notre patrimoine républicain est déjà balayé. Le triste spectacle du premier tour des régionales 2015 n’est que la conséquence du fonctionnement de nos institutions qui, depuis l’avènement du quinquennat et l’inversion du calendrier électoral, ont installé le pouvoir dans une logique de cumul et d’alternance.

La classe dirigeante, ultra-médiatisée, a capté l’attention de tous, provoquant une nationalisation systématique de chaque événement politique, et donc de chaque scrutin intermédiaire. Les campagnes électorales et les primaires ont fait basculer la politique nationale dans le grand spectacle, avec des shows qui transcendent les militants avant de les rendre à leurs difficultés quotidiennes, créant incompréhensions et rancœurs.

dimanche 22 novembre 2015

Etat d'urgence

3 mois. L'Etat se donne donc 3 mois pour restaurer le pacte républicain, fondé depuis que l'homme fait société sur un savant équilibre entre liberté et sécurité. Plus précisément, la représentation nationale a donné comme un seul homme à l'exécutif le pouvoir de faire régner l'ordre et de protéger le citoyen.

Il faudrait être une mauvaise langue, sinon un mauvais patriote, pour dénoncer cette mesure en la traitant de coup d'Etat. De fait, comme le rappellent de nombreux collègues, le droit des circonstances exceptionnelles apparaît un rien banal lorsqu'il s'agit de sauver la patrie. La liberté n'a pas de prix. D'autres osent s'interroger, comme Henri Leclerc, dans une chronique publiée sur Dalloz-Actualités qui rappelle les risques liées à l'état d'urgence.

dimanche 15 novembre 2015

Prier, aimer, vivre et espérer

"Don't pray !" Ça y est, d'abord le dessin de Sfar pour qui la France n'a pas besoin de religion, puis quelques twittos qui s'insurgent Pourquoi ? Sans doute parce que la réponse la plus immédiate que le monde entier a donné au drame parisien est une prière #Pray4Paris

Notre mode de vie fait de sexe, d'alcool et de je-m’en-foutisme est-il donc menacé par cette communauté internationale qui s'est unie à notre peine de ce mouvement de l'âme gratuit et si naturel ? Pitié, ne nous trompons pas de combat. Et n'espérez pas que la futilité et la fatuité nous protègent...

Sortir, jouer, enseigner, rire, chanter, vivre, espérer, aimer. Vous qui demandez, c'est cela prier... Ce n'est pas se cacher, interdire, haïr, juger, condamner, tuer.

Avoir la foi, quelle qu'elle soit, ce n'est pas suivre des règles obscures ou dépassées. Avoir la foi c'est toujours choisir la vie, choisir l'autre, choisir celui que l'on rencontre près de soi.

C'est gratuit, ça ne se voit pas,  mais ça peut changer le monde.

mercredi 11 novembre 2015

A mon petit Armand

Ce matin, mon fils a eu l'honneur de lire cette lettre du poilu Joseph Thomas à son fils Armand, âgé de 15 mois, qu'il ne reverra jamais. Un peu fier, je vous en partage le texte...

 5 août 1915

A mon petit Armand,

Tu es encore bien jeune et ne peux comprendre ce qui se passe en ce moment : la guerre, ses horreurs, ses souffrances. Cette carte sera un souvenir de ton père, et il souhaite qu'à l'avenir les hommes soient meilleurs, et que semblable chose ne puisse plus arriver. Que jamais tu n'aies besoin, et sois forcé, de mener la vie que je subis en ce moment en compagnie de beaucoup de papas qui ont laissé, comme moi, de petits anges chez eux.